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L'invité du réseau Scop Entreprises



Gérard Andrieux
Techniques Topo

"Le statut Scop est un atout pour le développement économique"

Expression aboutie du management participatif et fondé sur l'ambition de permettre aux salariés de prendre en main leur destin, le statut Scop est aussi un atout clé pour le développement économique. A l'image des Scop qui connaissent une croissance ininterrompue depuis 25 ans, la réussite de la Scop Techniques Topo qui fait partie aujourd'hui des dix premiers cabinets de géomètres en France, en est l'illustration. PDG de la Scop de 1981 à 2003, Gérard Andrieux retrace le parcours du développement de la Scop et les atouts du management coopératif.

Avec 70 personnes réparties sur sept agences, Techniques Topo fait partie des dix premiers cabinets de géomètre-expert en France alors que la taille moyenne d’un cabinet est de 5 personnes. Pourquoi ?
 
La loi de 1990 sur l’ouverture de la profession de géomètre aux sociétés commerciales a été déterminante pour notre développement. Entre 1964, date de naissance de l’entreprise, et 1990, faute d’être inscrits à l’Ordre, nous n’avions pas accès aux travaux sur le foncier et l’aménagement du territoire qui étaient réservés strictement aux géomètres experts. En 1981, on s’est même posé la question de rester en société anonyme car on avait du mal à rester sept associés. La société était fragile. On a quand même fait le pari de remonter la barre. De 1988 à 1990, on a aidé à la création du tout premier cabinet de géomètres sous statut Scop inscrit à l’Ordre  des géomètres, à Vitry sur Seine (Val de Marne). Le dirigeant était jeune et avait un grand talent, mais il a trop investi. Il a été contraint de déposer le bilan. On a donc racheté en 1992 ce cabinet et repris l’activité dans le giron de Techniques Topo. Ca a été le début du développement. Avant, on n’avait pas l’idée de se développer en rachetant. On était une quinzaine. On n’avait pas envie de grossir.

Comment ensuite la Scop a-t-elle conduit son développement ?
 
C’est dès 1979 que Techniques Topo a créé sa première agence en Bourgogne, à la suite d’une rencontre syndicale. Les deux personnes ne voulaient plus dépendre d’un patron, mais ne se sentaient pas prêtes à démarrer seules. Puis avec l’inscription de la Scop au tableau de l’Ordre des géomètres-experts en 1990, les étapes se sont enchaînées. En 1993, on a regroupé leur agence avec une Scop que nous venions de racheter dans la banlieue de Dijon. Puis nous avons racheté en 1995 un cabinet patronal dans les Yvelines à Rambouillet. Les débuts ont été très durs. Il a fallu trois ans pour que les gens comprennent qu’ils n’avaient plus derrière eux un patron pour les surveiller en cachette. En 2000, nous avons créé une agence à Sarcelles (95), avec cinq personnes.  En 2003, nous avons repris après dépôt de bilan une société d’ingénierie spécialisée dans la photogrammétrie et le développement informatique, avec notamment le logiciel de circulation routière SYTADIN, aujourd’hui très connu. Un an après, on a réalisé que les investissements nécessaires étaient trop lourds pour nous. On a revendu l’activité informatique à la SNCF et à la DDE. Enfin, dans le cadre de nos recherches sur le canal rhônalpin, nous avons repris en 2004 un petit cabinet et ouvert un nouveau bureau à Chaumont (Haute Marne).

Entre 2000 et 2005, Techniques Topo accélère son développement et passe de 45 à 70 personnes. Pourquoi ?
 
Nous avons pris conscience que le métier de géomètre allait profondément changer à l’horizon des vingt prochaines années. Nous avons vu les changements informatiques arriver dès 1985. Aujourd’hui, la concentration est inéluctable, en tout cas pour ceux qui prétendent être présents sur les marchés publics et auprès des donneurs d’ordre importants. La vision libérale de l’expert qui garde son petit territoire n’a pas d‘avenir. Il n’y a pas d’autre choix que grossir. Il faut aussi investir car les gros chantiers, un TGV, une infrastructure requièrent des outils techniques de premier plan et un personnel très spécialisé. Aujourd’hui, notre chiffre d’affaires repose à 70% sur des grosses sociétés et à 30% sur de la clientèle de proximité.

Le statut Scop vous a-t-il aidé dans votre développement ?
 
Oui car le statut Scop est bien adapté au métier de géomètre. On peut concilier la liberté et l’autonomie de fonctionnement de chacun avec la sécurité du cadre collectif. Mais c’est aussi un atout pour le développement économique. Premièrement, on fait des économies d’impôts sur les sommes distribuées en participation à condition de provisionner l’équivalent pour investir dans les quatre ans. Deuxièmement, le fonctionnement en Scop crée un état d’esprit collectif et une motivation unique au travail. Après quelques années dans la société, les salariés s’approprient leur entreprise et y développent une productivité incomparable avec une société traditionnelle. Et troisièmement, on a des cadres intéressés par l’esprit coopératif. Certes, ils ne sont pas légion. Mais quand on les trouve, ce sont des relais fabuleux.

Le projet coopératif est-il conforme au projet initial ?
 
Il faut le reconnaître, on a du mal à faire partager nos idées coopératives aux gens qu’on embauche. Il n’y a plus le militantisme des années 60/80. Le capitalisme impose ses règles avec la hiérarchie qui va avec. Mais on peut quand même rendre le milieu du travail plus juste, plus humain et forger les consciences. On ne peut pas transformer la société, mais on peut améliorer les choses. De ce point de vue, je pense qu’on a réussi à Techniques Topo à faire en sorte que les personnes sentent bien qu’une Scop, c’est différent. C’est leur entreprise.

Propos recueillis par Pierre Liret